Analyse de la prise de position de l'UDC sur le système scolaire suisse

En janvier 2026, une prise de position sur le système scolaire suisse a été publiée, s'appuyant sur des études et des enquêtes réalisées par l’UDC. Integras a examiné les sources citées. Notre analyse montre que certaines conclusions ne peuvent être tirées des études ou occultent des facteurs contextuels importants, notamment en ce qui concerne l'inclusion et les besoins éducatifs particuliers.

La Suisse s'est fixée pour objectif de créer un système éducatif inclusif garantissant l'égalité des chances à tous les enfants, indépendamment de leur origine, de leurs intérêts et de leurs capacités. Cette stratégie, fondée sur des articles de la Constitution fédérale, est déjà appliquée par plusieurs cantons suisses. Cependant, la mise en œuvre de cette inclusion est marquée par des défis et de nombreux débats, notamment en ce qui concerne l'intégration des élèves avec des difficultés d'apprentissage et la réintroduction de classes à effectif réduit.

En janvier 2026, l'UDC a publié une prise de position sur le système scolaire suisse intitulée «Avec la tête, le cœur et la main : Voie de sortie de la crise de l’école publique», qui s'appuie notamment sur l'étude PISA 2022, le rapport national d’enquête COFO 2023 (La vérification de l’atteinte des compétences fondamentales) et une enquête menée par l'UDC auprès d'expert·e·s en éducation.

Integras a procédé à une vérification de ces sources. Il en ressort que certaines conclusions tirées des études ne tiennent pas compte de conditions cadres importantes. Cela concerne en particulier les déclarations relatives à l'échec de l’intégration.

L'UDC défend actuellement la position selon laquelle l'intégration scolaire a échoué et devrait être supprimée. Pour justifier cette position, elle se réfère toutefois à un groupe d'enfants très restreint et spécifique ; les études invoquées n'examinent pas l'influence des jeunes avec des besoins éducatifs particuliers sur les performances scolaires en Suisse, mais se concentrent principalement sur la migration, le statut socio-économique et les compétences linguistiques des jeunes Suisses. Dans le même temps, elle cite des études qui confirment précisément cette image, mais qui sous-représentent souvent, voire excluent totalement, les enfants et les jeunes avec des besoins d’apprentissage spécifique:

  • L'enquête citée dans le document, menée auprès d'expert·e·s en éducation de l'UDC, reflète l'opinion interne du parti. Les informations sur l'échantillon, la composition et la méthodologie font défaut. Elle ne peut donc servir de base scientifique pour tirer des conclusions sur l'ensemble du système scolaire suisse.
    L'étude COFO 2023 examine les élèves des écoles ordinaires. Les jeunes avec des besoins d’apprentissage spécifique ne sont pris en compte que de manière limitée. Il n'est donc pas possible d'en tirer des conclusions sur l'évolution de leurs performances. Une comparaison entre les statistiques de l'OFS sur la pédagogie spécialisée et l'étude COFO montre par exemple que les cantons présentant de faibles taux de ségrégation, comme Uri ou les Grisons, obtiennent des résultats supérieurs à la moyenne. Il en ressort clairement que les performances élevées ne s'expliquent pas uniquement par une ségrégation plus forte.

  • Le programme PISA ne reflète pas non plus l'ensemble de la population scolaire. Certains groupes, en particulier les jeunes avec des besoins d’apprentissage spécifique, sont sous-représenté·e·s ou exclu·e·s. Par conséquent, l'étude ne permet pas de tirer des conclusions directes sur les performances d'un système éducatif pleinement inclusif.

Commentaire

Ces études n'examinent donc pas l'influence des enfants et les jeunes avec des besoins d’apprentissage spécifique sur les performances scolaires, mais se concentrent principalement sur la migration, le statut socio-économique et les compétences linguistiques. Il en résulte une image faussée. Il n'est pas possible de tirer de conclusion générale sur un prétendu « échec de l'intégration », car les groupes cibles concernés et la diversité des besoins en matière d'éducation spécialisée sont sous-représentés ou totalement exclus dans les études citées. Il est essentiel que les mesures de politique éducative s'appuient sur des conclusions fiables concernant les groupes réellement concernés. Si les études sont interprétées en dehors de leur domaine d'application, cela conduit à des descriptions simplifiées des problèmes.

Implication pour l’école inclusive

En ratifiant la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant et la Convention relative aux droits des personnes handicapées, la Suisse s'est engagée à garantir l'accès au système éducatif général à tous les enfants et à éliminer toutes les formes de discrimination. Les modèles scolaires intégratifs ne constituent donc pas principalement un instrument de politique éducative, mais plutôt un droit fondamental. Leur soutien répond à des critères techniques spécifiques.

Les discussions sur leur conception doivent donc s'articuler autour des questions suivantes :

  • De quel soutien concret les écoles ont-elles besoin ?
  • De quelles ressources les enseignants disposent-ils ?
  • Comment réussir à offrir un soutien individuel dans le cadre de structures viables ?

Les défis actuels du système éducatif sont réels. Cependant, ils ne peuvent être réduits à des causes individuelles et ne peuvent être résolus par des solutions uniformes.

D'un point de vue technique, les éléments centraux sont les suivants :

  • une analyse différenciée des problèmes plutôt que des explications générales
  • des ressources suffisantes en matière d'éducation spécialisée
  • des conditions-cadres viables pour les enseignants
  • la garantie de la participation des enfants avec handicap

Integras s'engage pour que les discussions sur la politique éducative reposent sur des connaissances solides et tiennent compte des droits et des besoins de tous les enfants.

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